Aline, thé où ? Chroniques en mouvement

Comment j'ai hacké mon cerveau

5 min

Le coach nous a mis au défi de se trouver un challenge XXL en une semaine, quelque chose qui ait du sens pour nous. C'est la période où je fais des randos j'ai donc eu envie de partir dans cette direction. Je ne sais pas pourquoi j'ai toujours été intrigué par le chemin de Compostelle, ces personnes qui réalisent un long périple en marchant. Elles font toutes le même chemin qui a un sens pour elles, chemin historique qui perdure avec le temps. Il se trouve qu'il y a un tracé qui passe par Strasbourg, j'ai donc eu envie de le parcourir. L'objectif : prendre le train et revenir à pied. Pour cela j'ai combiné trois traces. Dans ma tête cela représentait 42 km avec environ 700 de dénivelé positif et négatif. Tout le dénivelé se concentre sur la première partie puis 27 km de plat. La distance me paraissait énorme, j'avais beaucoup de doutes aussi je me rassurais sur le fait de pouvoir prendre le train au retour, au cas où. Il faut savoir qu'une des problématiques est la réduction du nombre de train au vue de la situation actuelle, ce qui a réduit le nombre de mes possibilités. Mais bon cela semble tout à fait réalisable par le coach. Je compile donc les traces du parcours et là, à ma grande stupeur, j'ai 50 km au compteur. Deux jours avant le jour du défi. Je n'en mène pas large, je retourne le problème dans ma tête et je ne vois pas de solutions. Mon application me dit qu'en mode pro c'est réalisable en 8h30 et 11h30 en mode confirmé. J'essaye de me rassurer en me disant que je dois me situer entre les deux ! Et là, je pense au fast hiking. Cette idée a hacké mon cerveau. En mode rando c'était peut-être compliqué mais si je fais du fast hiking ça change tout ! Oui je sais, on joue sur les mots aussi le fait d'utiliser un autre vocabulaire a complètement changé les choses dans ma tête. C'est devenu de l'impossible au réalisable.

Je vais quand même vous raconter un peu mon périple. Train à 6h40. Je passe devant la belle cathédrale pour lui donner rendez-vous dans quelques heures. Je suis surprise, il y a pas mal de randonneurs, assez jeunes. Et surtout ce sont de vrais pèlerins. Je comprends qu'ils se rendent à la messe du Mont Saint Odile de 11h (7km 600D+). Arrivé au point de départ à 7h20. Je charge l'itinéraire et go. Il fait nuit mais la frontale n'est pas nécessaire. Alors qu'au départ de Strasbourg les boulangers s'afféraient, ici c'est la mise en place du marché. Le jour se lève sans que je ne m'en rende vraiment compte. Pas de magnifique levé de soleil pour aujourd'hui. Je suis étonnée que cela ne grimpe pas si franchement que cela, je trouve que j'ai un bon rythme. Au bout de quelques kilomètres la neige fait son apparition et les paysages sont de plus en plus magnifiques. Être au milieu d'une forêt blanche est vraiment magnifique, je suis seule au monde. J'ai même eu la chance d'apercevoir un chevreuil un peu plus bas. Je croise deux coureurs puis j'arrive au sommet. Le sanctuaire est ouvert et calme. Les pèlerins ne sont pas encore arrivés. Il fait un peu froid j'en profite juste pour manger rapidement et redescendre. Du fait de la neige les chemins ne sont pas vraiment visibles, je perds un peu de temps, fait un peu de hors-piste mais tout va bien. J'arrive sur une partie dégagée complètement blanche, c'est juste magnifique. En descendant je suis surprise de croiser encore un grand nombre de pèlerins. Je me demande si ils s'attendent à autant de neige un peu plus haut ! Je cours un peu en descente je sais que c'est le seul moment où je pourrai le faire. Arrivée en bas je traverse plusieurs villages. Les villages Alsaciens sont vraiment beaux ce qui rend cette partie plate intéressante, j'ai rarement l'occasion de m'y attarder. Il est midi je retrouve beaucoup plus de vie. Et puis je vais quitter les villages, faire un peu de hors-piste afin de contourner une partie inondée. Changement de paysage. Arrive alors la partie la plus difficile, le canal de la bruche. Je ne le connais que trop bien pour le faire en vélo. Je rêve d'avoir un vélo à cet instant. J'avais d'ailleurs envisager cette stratégie mais il aurait fallu que je m'y rende avant pour y déposer mon vélo ! Il me reste une vingtaine de kilomètres goudronnés et plat. Mes jambes sont fatiguées et mentalement c'est difficile. Vais-je hacker mon cerveau une seconde fois ? Je crois que je n'y ai même pas pensé. J'avais emmené mes bâtons de trail au cas où trop de neige. Je décide des les sortir ici, je me dis que cela me donnera un peu de rythme. Je pense avoir fait une erreur. Je n'ai pas l'habitude de marcher avec des bâtons, je ne le fait jamais, je ne sais donc pas faire. Je retrouve un peu de rythme et d'énergie. Quelques kilomètres après c'est le drame, j'ai une douleur au fessier. Ma meilleur option est de marcher en me le tenant ! Alors oui je devais avoir l'air un peu con mais il fallait bien que j'avance. Je n'ai pas d'autres options, pas de train ni de bus à proximité. Arrivé à Strasbourg ma montre m'indique encore 5 km, alors que j'en ai déjà fait 50. Une déviation me conduit direct sur un arrêt de bus, j'abdique. Fatiguée et soulagée que je suis je le prends dans le mauvais sens ! Pas grave il me reste un peu de temps avant le couvre-feu. Avec le recul je pense que des micro-pauses auraient été intéressantes pour reposer un peu corps et esprit mais j'étais trop obnubilé par le temps. Finalement la seule que j'ai faite est l'arrêt toilette lorsque je suis passée juste devant en traversant un village (les villages Alsaciens c'est vraiment le top, très souvent la présence de toilettes publique propre). Je ne sais pas pourquoi j'étais aussi obnubilé par le temps. Peut-être le couvre-feu.

Pour résumer cette histoire on se met beaucoup trop de limites. Il faut réussir à s'écouter, écouter ce qu'il y a au plus profond de nous, ce qui viens sans réfléchir.


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